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Tunisie : Manifestations contre la hausse des prix à Tunis et dans plusieurs régions

Pour la deuxième journée consécutive, des manifestations se sont produites, lundi à Tunis et dans plusieurs régions de l’intérieur du pays, en signe de protestation contre la hausse des prix, introduite par la nouvelle loi de finance de 2018 décriée par de nombreux partis d’opposition, des organisations non gouvernementales et des experts.

Les forces de l’ordre ont eu recours au gaz lacrymogènes à Kasserine, une région déshéritée du centre-ouest, et à Manouba, ville située à une dizaine de kilomètres de Tunis, pour disperser la foule.

Dans la capitale, des dizaines de manifestants partisans du mouvement citoyen appelé «Fesh Nestannaw» (Qu’est-ce qu’on attend ?, en arabe dialectal) se sont rassemblés lundi après-midi sur l’avenue Bourguiba, la principale artère de la capitale, pour réclamer la révision de l’augmentation des prix et l’annulation de la nouvelle loi de finance.

Plusieurs protestataires ont été interpellés par la police pour avoir distribué des tracts dénonçant les mesures gouvernementales et peint des graffitis sur les murs.

«Sept ans après la révolution de la liberté et de la dignité, on nous arrête pour des slogans», s’est élevé Younes Rouissi, coordinateur de la manifestation.

Selon l’agence officielle TAP, les revendications des protestataires étaient axées sur l’emploi, la couverture sanitaire des chômeurs, l’aide aux familles pauvres.

L’Institut national de la statique (INS) évalue à 15,2% la moyenne nationale du taux de pauvreté, et à 15,3% le taux de chômage, des chiffres qui sont nettement plus élevées dans les régions défavorisées de l’intérieur.

Dimanche soir, une manifestation similaire s’était déroulée sur la même avenue, devant le bâtiment du ministère de l’Intérieur.

Dans la ville frondeuse de Kasserine, où la situation était particulièrement tendue, des affrontements ont éclaté, lundi après-midi, à la cité Ennour entre des jeunes et des unités sécuritaires.

Selon radio Mosaïque, les forces de l’ordre ont fait usage de bombes lacrymogènes en riposte aux jets de pierres des protestataires qui ont coupé les routes menant au centre-ville et incendié des pneus.

La veille, des affrontements avaient opposé à coups de pierres et de gaz lacrymogène, des manifestants aux forces de sécurité à Thala, une ville « chaude » de la région de Kasserine.

Des manifestations sont également signalés par les médias locaux dans la région de Sidi Bouzid où l’immolation d’un vendeur ambulant avait donné l’étincelle au soulèvement populaire qui a fait chuter l’ancien régime totalitaire en janvier 2011.

 

A Sakeit Sidi Youssef, dans le nord-ouest du pays, la ville a été paralysée. Des routes ont été fermées, des écoles fermées et l’activité commerciale perturbée par des manifestants qui revendiquaient emploi et développement, rapporte radio Mosaïque.

Selon la même source, quatre manifestants ont installé une tente où ils ont entamé une grève de la faim.

Ce mouvement de protestation intervient après le suicide d’un jeune de la localité, en raison de la détérioration de sa situation sociale, selon le secrétaire général du Syndicat de l’enseignement secondaire Mokhtar Nouira.

Pour faire face à la situation économique jugée «très difficile» que traverse le pays, le gouvernement a adopté dans la loi de finances entrée en vigueur le 1er janvier 2018, des réformes «douloureuses mais nécessaires» afin de réduire les déficits du budget de l’Etat qualifiés par les experts d’«alarmants».

Les nouvelles mesures portant sur l’augmentation des prix des carburants et autres produits considérés comme «non essentiels» et introduisant de nouvelles taxes, ont provoqué une flambée des prix et porté un coup dûr au pouvoir d’achat des classes sociales pauvres et moyennes.

Avant son adoption par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP/parlement), l’expert économique Ezzeddine Saïdane, avait déjà prédit, lors d’un entretien avec Anadolu, que la nouvelle loi de finance « va souffrir et faire souffrir ».

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