Présidentielle: 2017, le Mélenchon nouveau est arrivé

A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle française, Jean-Luc Mélenchon affiche sa confiance. Fort d’une cote de popularité à la hausse et de meetings très suivis, le candidat de la « France Insoumise », représentant d’une gauche en rupture avec le parti socialiste du président François Hollande, ne cesse de le marteler.« Je serai au deuxième tour », assurait-il dimanche dans un face-à-face avec les lecteurs du quotidien « Le Parisien ».

Le sprint final semble en tout cas déjà gagné à gauche pour Jean-Luc Mélenchon, dont les dernières enquêtes d’opinion donnent une dizaine de points d’avance sur le candidat du parti socialiste, Benoît Hamon, représentant de l’aile gauche dudit parti.

«Dimanche, 25% me suffiront», a déclaré lundi Jean-Luc Mélenchon pour galvaniser ses partisans, venus nombreux l’écouter en ce lundi de Pâques, férié en France.

Donné au coude à coude avec le candidat de « Les Républicains » (droite libérale), François Fillon, objet d’enquêtes judiciaires, Mélenchon garde un léger retard sur Emmanuel Macron, ancien ministre de l’Economie du président Hollande, et Marine Le Pen, candidate du Front National, formation d’extrême droite opposée à l’immigration et à l’Europe.

Un plan A et un plan B de sortie de l’Europe

L’Europe : il s’agit aussi d’un des thèmes forts de Jean-Luc Mélenchon. Dans son programme, intitulé « L’avenir en commun », le candidat de la France Insoumise appelle à « sortir des traités européens pour respecter la souveraineté du peuple français et construire des coopérations libérées de l’austérité budgétaire et de la destruction des services publics».

Jean-Luc Mélenchon assure en somme que, s’il est élu, le «Non» des Français au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen lui servira de ligne de conduite.

«D’abord il y a un plan A, je crois beaucoup à la force de la France. Mais si ça ne marche pas, il y a le plan B», résume Jean-Luc Mélenchon. CQDF, la France cherchera d’abord une sortie concertée des traités européens (plan A) ; elle passera en cas d’échec au plan B, à savoir une sortie unilatérale des mêmes traités.

100 milliards d’euros pour relancer l’économie française

Le programme de Jean-Luc Mélenchon ne se réduit pas à cette remise à plat de la construction européenne. Le candidat de la gauche qui ne se reconnaît plus dans le Parti socialiste annonce un plan de relance de l’activité de 100 milliards d’euros, inspiré par les économistes keynésiens et hétérodoxes qui le soutiennent (Jacques Généreux, Frédéric Lordon), un plan de transition écologique, avec pour objectif le 100% énergies renouvelables et l’instauration d’une VIe République par une Assemblée constituante.

Sa politique étrangère a pour ligne directrice « l’indépendance de la France » et prévoit la sortie de l’OTAN, une politique anti-terroriste ciblant les filières de financement et la fin des « alliances hypocrites avec les pétro-monarchies. »

Souvent mis en doute pour son manque de chiffrage ou sa radicalité, ce programme convainc de plus en plus d’électeurs. Selon un sondage Elabe pour BFMTV paru mercredi 12 avril, Jean-Luc Mélenchon est désormais celui qui incarne le plus le changement.

Avec un crédit de 24%, le candidat de la « France insoumise » devance Emmanuel Macron (23%). Le candidat à la lettre grecque « Phi » (comme les initiales de France Insoumise) est également en tête en ce qui concerne la proximité (avec 21% sur la question : « qui comprend le mieux des gens comme vous ? »).

Un long parcours au parti socialiste

Né à Tanger (Maroc) en 1951 d’un père receveur des Postes et d’une mère institutrice, Jean-Luc Mélenchon a mené la majeure partie de sa carrière politique sous la bannière du parti socialiste. Militant depuis 1976, il gravit les échelons jusqu’à devenir sénateur de l’Essonne en 1986 puis ministre délégué à l’Enseignement professionnel entre 2000 et 2002 dans le gouvernement de cohabitation dirigé par Lionel Jospin.

Sa rupture avec le PS s’opère autour de la question européenne : Mélenchon est opposé au traité constitutionnel, quand son parti se prononce pour le oui. Début 2009, Jean-Luc Mélenchon fonde le Parti de gauche. Sous cette bannière, il obtient 11% des suffrages au premier tour de la présidentielle de 2012. « C’est le PS qui a changé, pas moi », dit alors souvent Jean-Luc Mélenchon pour critiquer ce qu’il considère comme des renoncements de la gauche socialiste.

Par ailleurs, et loin des turpitudes de la vie politique française, Jean-Luc Mélenchon a exprimé son soutien à l’organisation terroriste du PKK, allant même jusqu’à appeler à réexaminer son inscription sur la liste des organisations terroristes, comme c’est le cas pour les Etats-Unis et l’Union européenne, et partant la France, usant d’un discours « droit de l’hommiste » en déphasage avec la réalité turque.

2017, le Mélenchon nouveau est arrivé

Et pourtant, cette campagne présidentielle 2017 laisse apparaître un Jean-Luc Mélenchon nouveau. Sur le fond, le discours reste construit autour des mêmes orientations, mais le ton est plus apaisé. Dans ses meetings, juché sur une estrade au milieu de l’assistance, l’homme ne déroule pas un programme mais dialogue avec les citoyens. Le ton est direct, le vocabulaire toujours accessible derrière le verbe soigné et le goût des citations.

Jean-Luc Mélenchon privilégie autant que possible les meetings en plein air, comme sur la place de la République à Paris ou le Vieux-Port de Marseille. Il innove aussi, avec des allocutions par hologramme (un meeting « physique » est dupliqué en temps réel dans d’autres lieux grâce à cette technologie) et une journée sur la Seine sur une péniche insoumise, avec des discours dans les ports d’Ile-de-France jalonnant l’itinéraire fluvial. Autant d’audaces visiblement payantes, dues à la créativité de sa conseillère en communication, la Franco-Algérienne Sophia Chikirou, issue elle aussi du PS.

Jusqu’où Jean-Luc Mélenchon peut-il aller ? Son rêve de qualification pour le second tour n’a jamais semblé aussi proche de devenir réalité. L’ultime jour de la campagne, capital pour la cristallisation d’un électorat indécis comme rarement, pourrait bien être décisif.

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