Marine Le Pen: Candidate du repli, illustration du mal-être français

Dans deux jours se déroulera le premier tour de l’élection présidentielle française 2017. D’après les derniers sondages Ipsos Sopra-Steria du mercredi 19 avril, le candidat du parti « En Marche », Emmanuelle Macron et la présidente du parti d’extrême droite « Front National », Marine Le Pen, caracolent en tête de liste bien qu’ils aient respectivement perdu 2 et 2,5 point depuis la dernière enquête.

Une compétition qui demeure serrée entre quatre des principaux prétendants, le cinquième ayant complètement décroché avec seulement 8% d’intentions de vote pour Benoît Hamon le candidat du parti socialiste.

Des chiffres qui démontrent une véritable percée de la candidate du parti d’extrême droite, un mouvement politique longtemps dénigré, impopulaire de par son idéologie et pourtant en tête des intentions de vote.

Du barreau à la présidence de l’extrême droite

Née le 5 août 1968 à Neuilly, Marine le Pen, ancienne avocate du barreau de Paris, elle est la fille de Jean-Marie Le Pen, fondateur du parti d’extrême droite le «Front National» (FN).

Dès l’âge de 16 ans, elle accompagne son père en campagne pour les élections municipales du 20ème arrondissement de Paris. Après son adhésion au parti en 1986, elle figure sur plusieurs listes électorales de scrutins (Municipales ou Régionales), et ce jusqu’en 1998, date à laquelle elle obtient son premier mandat politique en tant que conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais. La même année elle cesse son activité d’avocate, peu lucrative dû à une clientèle inexistante, pour intégrer le service juridique du « Front National ».

Après son ascension au sein du Mouvement d’extrême droite, elle en devient la dirigeante en janvier 2011 après que son père eût annoncé qu’il ne se représentait pas à la présidence de son parti à l’issue de son prochain congrès. Elle présente sa candidature à l’élection présidentielle de 2012 et bien que cette dernière eût des difficultés à obtenir les 500 signatures d’élus nécessaires, elle termine à la troisième place avec un total de 17,90% des voix, réalisant ainsi le meilleur résultat du FN.

En parallèle, dès 2004, elle est élue députée européenne et le sera une nouvelle fois en 2009. Un dernier mandat mis à mal en janvier 2017 après les accusations de «Mediapart» qui révèle que l’eurodéputée rémunère son compagnon, Louis Aliot, comme assistant parlementaire à mi-temps pour un salaire mensuel de 5006,95 euros.

Outre la rémunération indécente perçue pour seulement 17,5 heures de travail hebdomadaire, le média met en exergue une situation qui relève du« conflit d’intérêt » tout en rappelant les règles édictées par le Parlement de Strasbourg qui, dans l’article 43 régissant le statut des députés, indique que l’enveloppe de 21.000 euros par mois destinée à rémunérer les collaborateurs ne peut pas « financer les contrats permettant l’emploi ou l’utilisation des services des conjoints des députés ou de leurs partenaires stables non patrimoniaux ».

Histoire d’une famille et d’un parti

L’accession politique de Marine Le Pen se construit à travers les histoires entremêlées d’une vie de famille peu ordinaire et l’ascension d’un parti aux idées controversées.

Entre polémiques autour de la doctrine du parti et scandales familiaux, c’est un peu l’histoire d’une dynastie qui traverse les époques, chute mais se relève à chaque fois sans faiblir.

Véritable roc de la famille, le patriarche Jean-Marie Le Pen, surnommé le « Menhir », président d’honneur du parti, a, tout au long de sa carrière, alterné entre scandales et rejet médiatique pour ses allocutions racistes et antisémites.

Il sera d’ailleurs suspendu de ses fonctions en mai 2015 puis exclu en août de la même année suite à ses propos sur les chambres à gaz, les qualifiant de « détail » de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, alors même que sa fille mène une campagne de dédiabolisation de son parti.

Quant à Marine Le Pen, comme son père avant elle mais de manière plus édulcorée, elle incarne une branche politique identitaire, une idéologie de l’extrême et du rejet des autres au nom de « l’unité des Français ».

Son mouvement politique accusé de racisme et d’islamophobie, façonne sa campagne présidentielle et accroît son électoraten traitant de manière exacerbée des sujets tels que l’insécurité et le terrorisme. Débitant des préjugés que ce soit sur la communauté musulmane et son mode de vie (prières de rue, viande halal, édification des mosquées, amalgames entre terrorisme et Islam, …) ou encore sur l’accueil des quelques migrants Syriens dernièrement.

De plus, grande ligne de son programme présidentiel, Marine Le Pen interpelle les Français sur l’intérêt de la France à entamer un processus de rupture avec l’Union Européenne, la candidate justifie cette volonté indiquant que « l’UE a fait beaucoup de mal à notre pays et à notre peuple, en matière économique, sociale, de disparition des frontières… ».

El la candidate frontiste d’ajouter : «Ça sera ma première mesure : rendre leurs frontières nationales aux Français ». Elle ira jusqu’à demander à la chaîne de télévision TF1, qui la recevait mardi pour son émission « Demain, Président », le retrait du drapeau européen en arrière-plan. Doléance acceptée par la chaîne d’après son présentateur Gilles Bouleau.

Au delà du personnage et de l’histoire d’un parti, l’ascension du Front National ces dernières années, la légitimation des discours de l’extrême droite et ses scores record dans les derniers sondages démontrent le mal-être d’un électorat prêt à voter pour une idéologie autrefois diabolisée et axée sur le repli identitaire, bien loin des aspirations du pays instaurateur des Droits de l’Homme.

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