Présidentielle : Benoît Hamon, la Gauche sinon rien

C’est devenu un spectacle habituel. A quatre jours du premier tour, le candidat socialiste à la Présidentielle Benoît Hamon a, une nouvelle fois, été lâché par une figure connue de la gauche au profit de son rival « d’En marche », Emmanuel Macron. Cette fois, il s’agit du ministre de l’Aménagement du territoire, Jean-Michel Baylet, pour qui Macron serait « le plus à même de tenir la ligne dans laquelle » il se reconnaît. Et si cela ne suffisait pas, Manuel Valls en a rajouté une couche en publiant sur Twitter une lettre dans laquelle il appelle à voter pour l’ancien ministre de l’Economie dès le premier tour.

Oui, Benoît Hamon, 49 ans, n’aura pas connu une campagne facile. Pris en étau à sa gauche par le candidat de la « France Insoumise », Jean-Luc Mélenchon et à sa droite par l’ambitieux Emmanuel Macron, il a vu ses chances de se qualifier au second tour fondre comme neige au soleil dans les sondages, dans lesquels il est passé sous la barre fatidique des 10%. Certains lui prédisent dimanche un des pires scores de la Ve République pour un candidat du Parti Socialiste (PS).

L’enfant natif de Bretagne espère toujours les faire mentir. Lui, qui a battu le Premier ministre sortant en janvier dernier alors que son départ du gouvernement en 2014 lui avait valu d’être mis à la marge du PS. Lui aussi, dont le chemin a croisé le parti à la rose il y a trente ans et ne l’a plus quitté.

Né à Saint-Renan (Finistère) en 1967, Benoît Hamon déménage à Dakar en 1976, où il suivra sa scolarité du CE2 à la 5ème. De cette période il retient, comme il le dira dans un portrait qui lui est consacré dans le magazine « Les Inrocks », « les souvenirs extraordinaires d’un environnement multiculturel ». Adolescent, il retourne dans sa Bretagne natale et se découvre une âme de militant politique. D’abord à l’UNEF, syndicat étudiant souvent classé à gauche, puis au PS, auquel il adhère en à 19 ans.

Il fréquente alors les cercles rocardiens, du nom du rival de François Mitterand d’alors, et se fait remarquer par Pierre Barma, député de gironde, qui l’engage comme attaché parlementaire en 1991. Le licencié d’histoire prend du galon en 1993 après son élection à la tête du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS). La structure, qu’il travaillera à émanciper de la tutelle du PS, se développe et engrange les adhérents. Les réseaux qu’il bâtira au MJS ne lui permettent pas de remporter les Législatives en 1997 dans la deuxième circonscription du Morbihan, mais attirent l’attention de Martine Aubry, ministre de l’Emploi et de la Solidarité, qui lui offre un poste de conseiller technique chargé de l’emploi des jeunes.

En 2002, après la défaite de Lionel Jospin à la Présidentielle, il fonde avec Arnaud Montebourg et Vincent Peillon le « Nouveau Parti Socilaiste », qui implose en 2005 quand Hamon rallie François Hollande au congrès du Mans. Trois ans plus tard, il soutiendra Martine Aubry au poste convoité de premier secrétaire contre la perdante du second tour en 2007, Ségolène Royale.

La maire de Lille lui renverra l’ascenseur en le nommant au poste de porte-parole du parti, où il gagnera en visibilité. Elle est d’ailleurs une des rares à continuer à le soutenir en 2017. Son entrée au gouvernement en 2012 marque un tournant pour lui. Nommé ministre de l’Economie sociale et solidaire, puis à l’Education Nationale, il découvre les avantages du pouvoir. Et ses défauts aussi. Comme lorsqu’il négocie en coulisses avec Manuel Valls pour écarter le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Ou comme lorsqu’il défie ce même Manuel Valls en rejoignant Arnaud Montebourg, démissionnaire du gouvernement, à la traditionnelle fête de la Rose. Et qu’il perdra son poste dans la foulée.

Les jeux de pouvoirs sont cruels, Benoît Hamon le sait bien. Sa victoire à la primaire 2016 de la « Belle Alliance Populaire», qui a volé en éclat depuis et qui n’a de belle que le nom, a été siphonnée de tous les côtés. On ne compte plus ceux qui ont rejoint Macron, reprochant au candidat élu son programme « sectaire », sa mesure phare du Revenu Universel et son alliance avec les écologistes, au détriment de l’aile droite du parti.

Ni ceux, qui rêvant d’une gauche au pouvoir, ont choisi l’option du « vote utile » et glisseront un bulletin pour Mélenchon. Mercredi soir, Benoît Hamon organise un dernier rassemblement place de la République à Paris, en plein air. Un « rassemblement en forme de baroud d’honneur » a écrit le journal Le Figaro. Le candidat socialiste espère, lui, faire « battre le cœur de la République ». Une dernière fois ?

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