terrorisme

Des « incohérences » dans la liste des 22 000 djihadistes de Daech

Plusieurs experts sont dubitatifs sur l’authenticité des documents présentés par Sky News comme des informations confidentielles sur les membres de l’EI.

Des erreurs grammaticales et des formulations douteuses font douter certains experts de l’authenticité des documents attribués au groupe État islamique (EI) par Sky News. La chaîne britannique a affirmé mercredi que ces documents, qui comportent, selon elle, les noms de 22 000 membres de l’EI venant de 51 pays et des informations personnelles sur ces recrues, lui avaient été fournis par un djihadiste déçu.

Après avoir passé au crible les documents, le journal en ligne de l’opposition syrienne Zaman al-Wasl assure qu’ils ne concernent toutefois que 1 700 noms. L’AFP et plusieurs experts ont par ailleurs noté que certains documents, publiés par le journal en ligne de l’opposition syrienne Zaman al-Wasl, révèlent des incohérences.

Erreurs grammaticales

Le nom arabe de « l’État islamique d’Irak et de Syrie », un ancien nom de l’EI, est ainsi écrit de deux différentes manières et le dossier sur les morts utilise le terme « date du décès » au lieu de la phraséologie djihadiste de « martyr ». Romain Caillet, expert des mouvements djihadistes, relève aussi la présence d’un logo circulaire qui n’a jamais été utilisé dans les documents de l’EI.

« Quand j’ai vu dans le passé de telles incohérences, il s’agissait en fait de faux mal faits », assure Charlie Winter, chercheur à la Georgia State University, qui juge « bizarres » les différents noms de l’EI, le logo et les erreurs grammaticales. Le journaliste et expert du djihadisme Wassim Nasr estime sur Twitter que « peut-être certaines informations sont vraies, mais qu’une mise en page a été fabriquée pour vendre ces informations à un prix élevé à différents clients ».

D’après Sky News, ces documents, qui comportent des noms de djihadistes déjà identifiés, sont des formulaires remplis par les recrues de l’EI, dans lesquels elles doivent fournir des informations allant de leur groupe sanguin à leur « niveau de compréhension de la charia » (loi islamique). D’après Dalia Ghanem-Yazbeck, chercheur au centre Carnegie pour le Moyen-Orient à Beyrouth, ces fiches « apparaissent moins élaborées » que des documents rendus publics dans le passé. Mais les erreurs grammaticales et autres bizarreries qu’on y trouve peuvent s’expliquer par le fait qu’elles « remontent à la fin 2013, au moment où l’EI commençait à établir son État » et sa bureaucratie, précise-t-elle . « C’est intéressant de noter que déjà à cette époque, l’EI pouvait recruter tant de combattants, comme le montrent au moins 1 736 fiches d’inscription », ajoute-t-elle. Si ces dossiers se révélaient authentiques, poursuit Mme Ghanem-Yazbeck, leur fuite serait préjudiciable à la réputation de l’EI, car elle montrerait son « incapacité à protéger de tels documents ». La police allemande a indiqué jeudi que les listes de combattants allemands de l’EI étaient « probablement authentiques »

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