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Donald Trump, président des Etats-Unis : à quoi faut-il nous attendre ?

Donald Trump vient de remporter au moins six Etats lors des primaires du «Super Mardi». Quelles seraient les principales mesures prises par la figure la plus polarisante de l’opinion publique américaine ? L’analyse du journaliste américain Jonathan Mann.

Jonathan Mann est journaliste et présentateur de Political Mann sur CNN International. Political Mann est diffusé sur CNN International, tous les samedis à 20h. Retrouvez une couverture complète des élections américaines sur CNN International et CNN.com.

Loin d’être une certitude, il s’agit aujourd’hui d’une étonnante possibilité: à quoi devrait s’attendre le monde si Donald Trump était élu président des Etats-Unis?

Le candidat le plus inattendu de l’Amérique pourrait passer au rang de Commandant en chef le plus inattendu de l’Amérique.

«Nous allons cesser d’être les imbéciles», annonçait-il aux électeurs fin février. «Les intelligents, ce sera nous.» Trump a été bien des choses – promoteur immobilier milliardaire, star de télé-réalité effrontée et auteur à succès – mais il n’a jamais occupé de fonction publique et n’est jamais allé très loin dans l’analyse de la politique étrangère.

«Je ne pense pas qu’il déborde de savoir concernant ces questions,» commente l’ancien diplomate américain Christopher Hill. «Il passe pour quelqu’un qui a beaucoup d’instinct et peu de réserve à le mettre en pratique».

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Trump entend défendre la puissance économique et militaire des Etats-Unis, «rendre à l’Amérique sa grandeur», comme il le dit. Il se fait le porte-parole des frustrations et des peurs de nombreux électeurs concernant la place des Etats-Unis dans le monde. Sa réponse face à ces peurs est parfois moins claire.

«Le Mur»

La pierre angulaire de la campagne présidentielle de Trump est le projet de construction d’un mur le long de la frontière étasunienne avec le Mexique qui en ferait une barrière pour lutter contre les migrations illégales, les criminels et le narcotrafic. Trump insiste sur le fait que c’est le Mexique qui devra en payer le prix. Un porte-parole du président mexicain indique que son gouvernement n’en a pas l’intention.

Quelle que soit la source ultime du financement, ce sont très certainement des milliards de dollars qui passeraient par les coffres du gouvernement américain, le Congrès étant l’unique instance à pouvoir approuver une telle transaction.

 

L’Etat islamique

Trump s’engage à «pilonner» l’Etat Islamique en Irak – en particulier les puits de pétrole dont ce dernier s’est accaparé – afin de priver l’organisation terroriste de revenus. En Syrie, Trump affirme qu’il laissera la tâche au gouvernement syrien de lutter contre l’Etat Islamique et, seul parmi la plupart des candidats majeurs à la présidence, il s’est réjoui de l’aide militaire apportée par la Russie au régime syrien.

Sous Trump, les Etats-Unis refuseraient également d’accueillir des réfugiés syriens (et, du moins de manière temporaire, tous les musulmans, d’où qu’ils viennent). A la place, il propose une zone de sécurité pour les civils à l’intérieur des frontières de la Syrie que Washington aiderait à financer, mais il incomberait à d’autres nations de la construire et de la défendre.

La guerre contre le terrorisme

Trump reprendrait la technique d’interrogation si controversée connue sous le nom de «torture par noyade», ajoutant même que celle-ci «est loin d’être assez sévère». Il a affirmé aux électeurs que «la torture, ça marche». Il maintiendrait aussi la prison américaine de Guantanamo Bay à Cuba et y enverrait plus de prisonniers.

Le commerce

Trump estime que les Etats-Unis se font exploiter par leurs partenaires commerciaux, réservant ses mots les plus durs pour la Chine. Il a affirmé au New York Times qu’il prévoyait d’imposer des droits de douane écrasants sur les importations chinoises s’élevant à 45%. Trump a ensuite démenti ces propos, mais le Times qui avait enregistré l’interview a publié l’enregistrement.

Changement de régime

En 2011, Trump a vivement préconisé l’intervention américaine visant à aider les Libyens à renverser Mouammar Kadhafi. Le mois dernier, il niait son implication. Mais une fois encore, ses propos initiaux avaient été enregistrés. Aujourd’hui vivement opposé à l’invasion américaine en Irak de 2003, Trump n’a pas pu s’expliquer sur ses précédents commentaires de soutien sur le sujet. «C’était il y a longtemps» a-t-il dit à NBC News, «et qui sait ce que j’avais dans la tête?». Trump a par la suite confié à CNN qu’il avait changé d’avis juste avant le début de la guerre.

Les alliés de l’Amérique

Trump ne cache pas sa frustration quant au coût de la présence militaire en Europe et à la pression liée à la présidence de l’OTAN. «Où est l’Allemagne? Ou sont les leaders européens? Je veux bien les épauler. Je veux bien être juste derrière eux», a-t-il dit.

Il souhaite aussi que la Corée du Sud assume une part plus importante du coût de sa protection militaire américaine. «Nous n’avons rien en retour. Je ne dis pas que nous allons laisser quoi que ce soit leur arriver. Mais ils doivent nous aider», a-t-il affirmé. De fait, les Etats-Unis reçoivent plus de 800 millions de dollars annuels de la Corée du Sud pour le déploiement de leurs troupes, selon Politifact.com.

Israël

Trump s’est à la fois engagé à être «neutre» dans sa tentative d’établir la paix entre les Israéliens et les Palestiniens, et à apporter son soutien total à l’Etat juif.

Si l’on devait dégager un thème récurrent, ce serait sans doute le sentiment de doléance qui s’imposerait: les frontières des Etats-Unis sont trop ouvertes aux étrangers, il est trop facile pour eux d’exploiter l’économie du pays et ses alliances militaires sont toutes unilatéralement en leur faveur, selon Trump.

Autre constat: Trump a tendance à donner son avis sur des problèmes internationaux majeurs et parfois à contredire son propre avis.

Une figure polarisante

Le magnat de l’immobilier au discours musclé est certainement la figure la plus polarisante dans l’opinion publique américaine aujourd’hui, il n’est donc pas surprenant que les experts ne s’accordent pas sur ce qu’il pourrait apporter à la Maison Blanche.

«Sous la présidence de Trump, la politique étrangère sera ferme et proactive, similaire à celle des années Reagan privilégiant le concept classique de paix par la puissance économique et militaire à la faiblesse vacillante et dangereuse qui caractérise aujourd’hui la Maison Blanche», affirme Peter Navarro, économiste à l’Université de Californie.

Mais selon Jamie Metzl, un ancien officiel du Département d’Etat américain et ancien candidat au Congrès pour le parti Démocrate: «Le monde est un écosystème complexe et le niveau de brutalité dont a fait preuve ‘Don’ Trump durant cette campagne serait extrêmement déconcertant». Les activistes, l’industrie, et une myriade de groupes d’intérêts exercent leur influence. L’opinion publique génère sa propre pression sur la manière dont les Etats-Unis évoluent dans le monde.

En dehors de sa salle de conférence et des émissions de télé-réalité, Donald Trump est loin d’avoir fait ses preuves. Après le spectacle qu’il a donné à voir au monde et à l’Amérique durant ces derniers mois, quiconque pourrait-il être en mesure de savoir à quoi s’attendre?

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