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Barack Obama paie cher sa politique au Moyen-Orient

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En tournant le dos au « printemps arabe », les Etats-Unis n’assurent même pas leur sécurité intérieure : Daech constitue une menace potentielle sur le territoire. Et la Russie profite de son manque de stratégie.

Dix-huit jours : il aura suffi d’un peu plus de deux semaines pour que Barack Obama passe du triomphe à l’humiliation. Le 11 septembre, les républicains du Congrès admettaient l’échec de leur tentative de bloquer l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. Dix-huit jours plus tard, le 30 septembre, la Russie déclenchait sa campagne de bombardements en Syrie. La veille, à l’ONU, Vladimir Poutine n’en avait soufflé mot à Obama et, le jour même, Moscou s’est contenté d’informer Washington… une heure à l’avance.

Depuis, les coups pleuvent sur la Maison-Blanche et sa diplomatie : « Incroyable naïveté », « président girouette », « Amérique humiliée », « erratique »… Le génie de la diplomatie serait-il devenu le cancre de la classe ? Vu de la Maison-Blanche, certainement pas. Il suffit d’écouter en détail la conférence de presse qu’a donnée Barack Obama le 2 octobre pour comprendre la façon dont le président vit cette crise. L’Amérique n’est pas humiliée, dit-il, « Monsieur Poutine a dû intervenir en Syrie non à partir d’une position de force, mais de faiblesse, parce que son client, monsieur Assad, était en train de s’écrouler ». Poutine n’est pas le nouvel homme fort de la région, « je n’ai pas vu, après son speech à l’ONU, la coalition de 60 pays que nous avons rassemblée s’aligner derrière lui ».

Désengagement militaire

Le président américain préférerait que l’on parle de son dernier triomphe, l’accord de partenariat transpacifique qui vient d’être signé entre douze pays représentant 40% du PIB mondial. Quel rapport avec le Moyen-Orient ? A son arrivée au pouvoir, Barack Obama avait choisi la désescalade dans cette région pour réorienter la diplomatie américaine vers l’Asie et contenir la Chine.

Au Moyen-Orient, la politique américaine était simple : désengagement militaire et soutien au « printemps arabe ». Sur le premier point, Obama n’a pas changé : « Ce que nous avons appris au cours des dix, douze ou treize dernières années, c’est que, à moins d’obtenir que les parties en présence acceptent de vivre ensemble, aucun engagement militaire américain ne pourra résoudre le problème. » Le fiasco irakien a profondément influencé sa diplomatie.

Sur le second point, en revanche, le président américain a brutalement abandonné, il y a deux ans et demi, l’idéalisme du discours du Caire (juin 2009), et plus encore de celui du 19 mai 2011, après l’assassinat de Ben Laden, où il affirmait, lyrique : « Nous avons l’opportunité de montrer que l’Amérique attache plus de valeur à la dignité du vendeur de rue tunisien qu’au pouvoir brut d’un dictateur. »

Depuis, les Etats-Unis sont revenus à une position plus cynique – ou réaliste, selon les opinions –, préférant former des troupes locales, stratégie à laquelle Obama n’a jamais vraiment cru et qui s’avère être un échec. Problème : tourner le dos au printemps arabe n’assure même pas la sécurité intérieure des Etats-Unis. Daech constitue une menace terroriste potentielle redoutable sur le territoire américain, et l’implosion de la Syrie risque d’entraîner celle de l’Irak et de toute la région. Et pour compliquer le tableau, les volte-face stratégiques du président américain ont ouvert un boulevard aux Russes, qui n’ont aucune arrière-pensée quand ils choisissent de soutenir tel ou tel régime fort.

Spectre de guerre des blocs

Au risque de déclencher une « troisième guerre mondiale » ? La Maison-Blanche ne croit absolument pas à un retour de la « guerre des blocs », elle sait que les Russes ont été traumatisés par le bourbier afghan et y regarderont à deux fois avant de s’engager sérieusement en Irak. La crainte d’Obama est ailleurs, et elle n’est pas si différente de celle d’Angela Merkel ou François Hollande : ce n’est pas le joueur d’échecs génial ou le Machiavel Poutine qu’il redoute, mais l’homme erratique, nostalgique d’un empire éteint. Barack Obama, en attendant, ne sait toujours pas sur quel pied danser au Moyen-Orient. Il s’y est rué avec des idées simples, avant d’être rattrapé par une réalité compliquée.

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