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Grèce « Notre principale erreur ? Avoir mal mesuré leur volonté de nous détruire »

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Cible d’un coup d’État financier bien planifié, Alexis Tsipras a sous-estimé la férocité de créanciers, prêts à étrangler la Grèce pour imposer à tous les peuples d’Europe une politique dévouée à la finance. Récit d’une partie que le premier ministre n’avait pas les moyens de remporter.

Athènes (Grèce), envoyée spéciale.

En ces jours de décembre inhabituellement doux, les choix étaient cornéliens. Le premier ministre Antonis Samaras, dont la majorité se réduisait comme peau de chagrin au gré des programmes d’austérité, avait contre toute attente précipité, à la Vouli, l’élection du président de la République, choisi par les députés. Syriza, arrivé en tête des élections européennes du printemps, ne pouvait se rallier au candidat présenté par le camp austéritaire, l’ex-commissaire européen Stavros Dimas. Discrédité, Samaras, lui, ne pouvait espérer réunir les 200 voix requises, sur 300, pour le faire élire, cet échec annoncé ouvrant la voie à des élections législatives anticipées. Déjà, la campagne se menait autant à Athènes qu’à Bruxelles, Jean-Claude Juncker mettant en garde contre l’arrivée au pouvoir de « forces extrêmes » et Pierre Moscovici louant, au crédit de la coalition unissant la droite et le Pasok, une introuvable « embellie économique ». Entre Noël et le jour de l’an, la chute annoncée de Samaras se produisit, hâtant l’ascension de la gauche anti-austérité. Mais, au sein même de Syriza, des voix mettaient en garde contre le champ de mines préparé par les créanciers. Lors d’une réunion interne, à la fin du mois de décembre, un économiste proche de l’actuel ministre des Finances, Euclide Tsakalotos, évoquait « une bombe de 15 milliards d’euros programmée pour éclater entre les mains de Syriza » : le montant des échéances dues aux créanciers et en remboursement de bons du Trésor, entre mars et août 2015. Tsipras, vainqueur des élections législatives du 25 janvier, le mécanisme de l’étranglement financier s’est aussitôt mis en place. Dès le 5 février, la Banque centrale européenne décidait de ne plus accepter, en collatéral, les titres de dette déposés auprès d’elle par les banques grecques en contrepartie de leur refinancement. Une décision politique outrepassant les prérogatives de l’institution de Francfort pour asphyxier l’État grec et contraindre Syriza à renoncer à ses engagements.

 

Tsipras face à l’humiliant accord imposé par les usuriers

Les banques grecques, elle, étaient condamnées au régime sec des liquidités d’urgence délivrées au goutte-à-goutte via le mécanisme ELA. Une façon de placer le couteau sous la gorge aux négociateurs grecs, avant la conclusion de l’accord-pont du 25 février, finalement arraché dans la douleur. « Le gouvernement doit faire face à un coup d’État d’un nouveau genre. Nos assaillants ne sont plus, comme en 1967, les tanks, mais les banques », constatait, le 21 avril, le ministre des Finances, Yanis Varoufakis. Les « partenaires » européens et les créanciers ont-ils jamais eu l’intention de négocier un accord honnête, incluant une résolution durable du problème de la dette ? Rien n’est moins sûr. Mais Tsipras, lui, y a cru jusqu’au bout, mésestimant sans doute la férocité de ses interlocuteurs, tous liés de près ou de loin au monde de la finance et comptant, au départ, sur la constitution d’un front avec Rome et Paris pour ouvrir une brèche dans le mur de l’austérité. Naïveté ? Pas seulement. « L’attachement à la construction européenne, à l’idée que l’Union peut être changée en faveur des peuples était jusqu’ici inscrite dans l’ADN de Syriza, héritier de l’eurocommunisme des années 1970 », décrypte une source au sein du parti. La foi dans la démarche de négociation était si ancrée que le gouvernement grec n’a jamais sérieusement travaillé à l’élaboration d’un plan B, fragilisant de fait sa position. Varoufakis l’admet aujourd’hui : « Nous avions préparé le Grexit en théorie, mais c’est autre chose que d’y préparer le pays. Cela n’a pas été fait », déplore-t-il. Du point de vue géopolitique, la crise des pays émergents a ruiné l’espoir de trouver, en cas d’impasse, des appuis assez solides du côté des Brics, Russie en tête.

Le 25 juin, face à l’humiliant accord que voulaient lui imposer ses usuriers, Tsipras n’a pas eu d’autre choix que d’annoncer un référendum. Sans assurance, au départ, de voir le « non » l’emporter. Au même moment, ses opposants défilaient à Bruxelles, choyés par Juncker. « Là, le chantage a atteint son paroxysme », assure un ancien député des Grecs indépendants. Sous la menace de la pénurie de liquidités planifiée à Francfort, le gouvernement s’est trouvé acculé au contrôle des capitaux et à la fermeture des banques. Le 1er juillet, face au péril d’un effondrement organisé du système bancaire, Tsipras a bien failli flancher. Certains d’ailleurs, dans son entourage, l’y incitaient, jugeant la pression insoutenable et le pari du référendum trop risqué. « Il s’est enfermé dans son bureau, un long moment, tout seul. Il en est ressorti pour étriller les maîtres chanteurs et annoncer le maintien du référendum », raconte un proche. Le premier ministre grec a jeté toutes ses forces dans la bataille du « Oxi », sûr qu’un soutien populaire l’aiderait dans l’inégale confrontation avec les créanciers.

« Notre principale erreur ? Avoir mal mesuré leur volonté de nous détruire. C’était un chantage à la mort subite de l’économie. Pour faire un exemple en Europe et semer la terreur parmi les peuples qui seraient tentés de choisir une politique économique alternative », décrypte un ministre. Tandis que l’étranglement financier se poursuit, l’accord signé à Bruxelles « le pistolet sur la tempe », selon l’expression employée dans l’entourage de Tsipras, met désormais la cohésion de Syriza à rude épreuve, ouvrant une sérieuse crise politique. Mais peut-être que la stratégie choisie à Bruxelles comme à Berlin était moins celle du « Grexit » que celle du « Syrizexit ».

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