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Rencontre Hollande-Castro: photo souvenir ou faute politique?

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Le président de la République a fini par obtenir à Cuba l’entrevue dont il rêvait avec Fidel Castro. Derrière la photo souvenir avec l’icône romantique des années 60/70, la faute politique?

François Hollande est content pour François Hollande. Quand François Hollande raconte la rencontre entre François Hollande et Fidel Castro, il décrit un François Hollande satisfait de François Hollande. Un François Hollande heureux de pouvoir revenir de son voyage à Cuba avec la photo qui fait la joie de François Hollande, puis des descendants de François Hollande.

Que de suspense avant d’en arriver là ! Mieux qu’un épisode de « Mission Impossible » au temps de la Guerre froide. François Hollande réussira-t-il à décrocher pour François Hollande la visite suprême à Cuba? Où? Quand? Comment? Fidel sera-t-il en survêtement? Raul sera-t-il sympa envers François Hollande qui espère tant pour François Hollande?

Finalement, l’événement tant espéré a donc eu lieu.

Il rapportera de Cuba un super souvenir…

François Hollande narrant à la presse l’épopée de François Hollande aux côtés de Fidel Castro, c’est comme François Hollande racontant le jour où il s’est fait tirer le portrait à côté des Pyramides de Gizeh. Ou du Fujiyama. Ou de l’Empire State Building. Ou du Grand Canyon. Ou de la tour de Pise. Quoi que dise l’UMP au sujet de François Hollande (« M. Hollande envisage-t-il d’aller fleurir le mausolée de Lénine et de prendre le thé avec Kim Jong-un ? ») François Hollande s’en fiche : il rapportera de Cuba un super souvenir de ses vacances de président…

L’essentiel est acquis. Et François Hollande de témoigner, encore et toujours, pour François Hollande : « Moi, je regardais Fidel Castro, ce qu’il avait été dans l’histoire. Quand vous êtes dans l’histoire, vous n’avez pas besoin de l’évoquer. C’est quand vous ne l’êtes pas que vous en avez besoin ». Quoi de plus émouvant en effet, à ses yeux, que François Hollande décrivant le plus illustre des monuments cubains?

Du haut de Fidel Castro, soixante ans d’histoire contemplent François Hollande. Sensation. Emotions. Commentaires.

François Hollande demeure le meilleur spectateur de François Hollande. Et son meilleur commentateur. Ceux qui voulaient des nouvelles de la santé de Fidel Castro ont ainsi pu bénéficier du reportage touristique de François Hollande qui a pu juger de l’état du monument cubain au plus près. Physiquement, Fidel se porterait plutôt bien : « Je l’ai trouvé très informé, alerte, il m’a dit qu’il cherchait l’information sur internet ». Et intellectuellement, il serait encore alerte : « Ce qui m’a frappé, c’est son envie de parler, son acuité intellectuelle, sa réflexion ».

Reportage complet. Clair. Précis. Du vécu. De l’émotion. Du partage. De la proximité. Les journalistes peuvent remercier François Hollande, inlassable témoin des aventures de François Hollande. Grâce à lui, on n’en sait un peu plus sur l’état de Fidel Castro.

Le spectateur de François Hollande

François Hollande est, une fois de plus, le spectateur de François Hollande. Commentateur plus qu’acteur. Reporter plus que Jupiter. L’épisode Fidel de ce premier voyage d’un président français en terre cubaine en atteste. François Hollande est, encore et toujours, ce président en surplomb de lui-même, qui se regarde présider comme un acteur se contemple dans un film dont il est l’illusion de héros.

Rien ne parait avoir changé, depuis le début du quinquennat, en profondeur, dans le rapport qu’entretient avec sa fonction cet étrange président. On pense à ces scènes, saisies à l’Elysée par la caméra de Patrick Rotman,durant les premiers mois du mandat, à ces petits moments où François Hollande déclarait, d’un air qui se voulait martial : « j’assume une fonction. Je ne joue pas un rôle. Je suis pleinement président ». Grande est la tentation d’appliquer aujourd’hui à Hollande et sa présidence ce que Hollande dit de Castro et de l’histoire (« Quand vous êtes dans l’histoire, vous n’avez pas besoin de l’évoquer ») et conclure : « quand vous êtes président, vous n’avez pas besoin de l’évoquer ».

Ce rapport particulier de l’actuel président à sa fonction n’est pas sans conséquences politiques, y compris au regard des circonstances de cette entrevue avec Castro. Parce qu’au-delà de l’anecdote, cette photo souvenir de vacances présidentielles de François Hollande pèse lourd politiquement.

L’héritier des ambiguïtés de la gauche socialiste

François Hollande demeure l’héritier des ambiguïtés historiques de la gauche socialiste vis-à-vis de Fidel Castro. Pourquoi tenait-il temps à figurer sur la photo aux côtés de la grande figure? Parce que cette dernière incarne une certaine forme de romantisme révolutionnaire romantisme qui doit beaucoup à l’icône de la révolution cubaine, Che Guevara. Cuba 58. La chute de Batista. La révolution. La guerre froide. Kennedy qui se fait livrer une dernière boite de cigares avant l’embargo. La crise des missiles. La baie des cochons. Tout un imaginaire politique qui a longtemps bercé une partie de la gauche socialiste et son illusion d’être encore révolutionnaire…

Aux yeux d’une partie de la gauche socialiste, trop longtemps complexée par le communisme, Cuba demeure ce petit pays héroïque qui a résisté au méchant géant américain. Une photo avec Fidel, c’est la madeleine de Proust du petit militant socialiste ayant grandi dans les années 60/70. Comme François Hollande.

Et tant pis pour les soixante ans de dictature impitoyable. Tant pis pour les centaines de milliers de Cubains ayant fui un système inique. Tant pis pour les millions de Cubains réduits à la pauvreté la plus extrême. Tant pis pour les dissidents, les résistants et les prisonniers politiques. Tant pis pour les Droits de l’Homme bafoués.

Au regard de ce bilan globalement positif aux yeux de Jean-Luc Mélenchon, oui, elle pèse lourd la petite phrase de François Hollande déclarant : « La symbolique de Cuba, ce n’est pas simplement de la politique intérieure. Ça parle au monde, d’aller à Cuba. Pas simplement à ceux qui ont pu coller une affiche de Che Guevara. »

Le poster du Che, inséparable des années de la jeunesse des 60’ et 70’, on y revient. François Hollande a eu sa madeleine. Mais d’un point de vue historique et politique, si l’on apprécie le comportement dans cette affaire de l’actuel président en mitterrandien, on est tenté de conclure qu’il s’est montré plus Danielle que François. Plus romantique que réaliste. Plus nostalgique que visionnaire. En somme, plus militant que Président. 

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