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L'année 2015 sera-t-elle climatique ?

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Alors que le thermomètre mondial ne cesse de grimper, les espoirs se tournent vers la conférence sur le changement climatique prévue à Paris, en décembre.

Il est revenu de la conférence de Lima, au Pérou, un peu plus inquiet qu’auparavant. « Certes, concède-t-il, les négociateurs ont maintenu un cadre pour arriver à un accord à Paris, mais je crains qu’il soit insuffisant pour rester en dessous de la barre de 2°C. » Le glaciologue Jean Jouzel, qui vient justement de publier le Défi climatique, Objectif : 2° C ! (Dunod), a participé à tous les grands sommets internationaux sur le climat depuis Copenhague en 2009, au Danemark. Comme beaucoup d’autres scientifiques, il a placé tous ses espoirs dans ce grand rendez-vous mondial, début décembre 2015.

Des craintes à l’horizon 2030

La conférence de Paris est en effet présentée comme une des dernières chances pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et donc limiter le réchauffement climatique. « Il ne faut pas se cacher que si on reste sur ce qui est annoncé, on est plutôt sur une trajectoire de 3 °C et 4 °C, avertit-il. Avec toutes les conséquences que cela implique pour la planète : fonte des glaciers, montée du niveau de la mer, acidification des océans, intensification des phénomènes climatiques extrêmes… »

À ce titre, l’année 2014 restera comme une année paradoxale. Avec d’un côté des progrès dans des engagements pris par des pays pour se mobiliser contre le changement climatique. Et de l’autre côté des records de température jamais enregistrés à la surface du globe.

Côté progrès, rappelons à la fois l’engagement pris le 24 octobre 2014 par les 28 pays de l’Union européenne de réduire « d’au moins 40 % » leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Puis surtout l’accord sino-américain du 12 novembre 2014 – une première mondiale –, dans lequel les États-Unis ont annoncé une réduction de 26 à 28 % de leurs émissions de CO2 d’ici à 2025. La Chine, elle, a promis d’atteindre le pic de ses émissions de CO2 « autour de 2030 ». Citons aussi l’annonce par le Fonds vert pour le climat, le 20 novembre, de la levée d’environ 10 milliards de dollars pour aider les pays en développement. Même si on est encore loin des 100 milliards promis par les pays riches d’ici à 2020. Une promesse qui date pourtant déjà du sommet de Copenhague en 2009…

Malheureusement, ces bonnes nouvelles ont été quelque peu relativisées par les calculs de Chris Hope, un climatologue britannique, chercheur à l’université de Cambridge (Royaume-Uni). Ce dernier a ainsi estimé que si l’on additionnait toutes ces promesses vertueuses, on arriverait seulement à une probabilité d’environ… 1 % de rester en dessous de la barre de 2 °C ! Confirmant ainsi les craintes exprimées par Jean Jouzel. D’où l’importance du calendrier mis en place par les Nations unies en 2015 (voir encadré ci-contre) pour arriver à un accord nettement plus ambitieux à Paris en décembre 2015. 2014, année la plus chaude

Car le thermomètre mondial ne cesse de grimper. Ainsi, d’après l’Organisation météorologique mondiale, 2014 pourrait se révéler « l’une des années les plus chaudes, voire la plus chaude jamais enregistrée ». Avec surtout une température moyenne de l’air à la surface du globe de 14,57 °C, soit 0,5 °C de plus que durant la fin du XXe siècle. Rien que dans notre pays, Météo France a confirmé le 20 décembre que « la température moyenne annuelle sur la France devrait dépasser de plus de 1,2 °C la normale ». Faisant de cette année 2014 une des plus chaudes depuis 1900, devant même 2003, l’année de la canicule (+ 1 °C).

Ainsi, dans notre pays, les dix épisodes cévenolset méditerranéens qui ont frappé de la ­mi-septembre à début novembre le sud-est de la France, notamment les départements de l’Hérault et du Gard, ont particulièrement frappé les esprits. Certes, les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) restent prudents pour attribuer au changement climatique la responsabilité directe de telles catastrophes. Mais leur fréquence en 2014 est très liée au fait que la température de la Méditerranée atteignait 24 °C en septembre (les cyclones se forment à 26 °C…), favorisant ainsi une forte évaporation et donc la formation des événements cévenols, avec leurs pluies diluviennes. De même, sous l’effet des tempêtes cumulées entre décembre 2013 et mars 2014, le littoral aquitain a reculé cette année d’une longueur de 40 m, une érosion autant historique qu’inquiétante. D’autres pays, comme les Philippines, connaissent également des cyclones à répétition, qui laissent leurs côtes et leurs villages dévastés.

Quelques raisons d’espérer

« Les négociations internationales, trop lentes, sont beaucoup trop déconnectées de cette réalité », estime Alix Mazounie, du Réseau Action Climat France (qui regroupe toutes les ONG environnementales françaises) et présente à ce titre à Lima, au Pérou. « Les pays les plus pauvres, ceux qui ont d’ailleurs le plus à perdre du changement climatique, sont pris en otage dans des discussions sans fin entre les pays riches, États-Unis en tête et pays émergents, souligne-t-elle. Il faut que la société civile mondiale pèse davantage sur la future Cop 21 (conférence Paris climat 2015, ndlr).Pour arracher un accord qui nous fasse vraiment tourner le dos aux énergies fossiles et qui nous engage encore plus vers les renouvelables. »

Cela tombe bien, car après la Marche pour le climat, l’un des plus grands rassemblements jamais organisés (350 000 manifestants à New York le 21 septembre 2014), toute une série de manifestations est déjà prévue : Jeûne pour le climat, qui se poursuivra chaque premier jour du mois jusqu’au 1er décembre 2015, tour d’Europe à vélo d’Alternatiba, du 5 juillet au 26 septembre 2015, Agenda des solutions, mis en place par le Comité 21 et le Club France développement durable, ou encore la grande manifestation à Paris en décembre 2015 de la coalition Climat 21, qui rassemble les grandes ONG d’environnement et de solidarité internationale.

Jean Jouzel, 67 ans, qui prendra sa retraite de son laboratoire de recherche fin 2015, y voit un signe d’espoir : « C’est à la jeunesse de se mobiliser, car c’est son avenir qui est en train de se jouer. »

Source: lavie

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